Vous vous occupez d'une personne âgée.
Voici ce que vous devez savoir.
Vous le faites depuis des mois. Peut-être des années. Les medicaments. Les repas. Les rendez-vous. Les nuits courtes. Les controles de peau le soir. Cette angoisse sourde qui ne vous quitte jamais.
Et pendant ce temps, la personne dont vous vous occupez souffre en silence. La plupart ne vous le diront même pas.
Parce que c'est cette génération-la. Celle qui dit « ca va » quand ca ne va pas. Celle qui serre les dents et change de sujet. Celle qui préféré souffrir en silence plutot que d'etre un poids.
Mais vous, vous le voyez. Meme s'ils ne disent rien.
Vous voyez cette douleur au bas du dos qui les fait grimacer quand ils se levent du fauteuil. Vous la voyez depuis des mois. Peut-être des années.
Vous voyez cette pression au coccyx qui les oblige a se repositionner toutes les vingt minutes. Ce mouvement subtil d'un cote puis de l'autre dont ils n'ont meme plus conscience.
Vous voyez la sciatique qui leur envoie des décharges dans la jambe quand ils restent assis trop longtemps. Cette main qui monte instinctivement vers le bas du dos. Ce visage qui se crispe et se detend en une seconde, comme si de rien n'etait.
Vous voyez les fourmillements dans les jambes quand ils finissent par se lever. Les engourdissements. Cette démarche raide des premieres minutes debout, comme si le corps avait oublié comment marcher.
Vous voyez les hanches qui font mal au point qu'ils ne veulent plus s'asseoir a table pour le repas du dimanche. Qu'ils prennent leur plateau dans le fauteuil au lieu de manger avec la famille.
Et vous voyez tout ca depuis un an, deux ans, parfois plus de trois ans. Sans amélioration. En ayant tout essaye.
Les coussins en mousse de la pharmacie. Écrasés en quelques semaines. Les coussins « orthopediques » commandés sur Internet. Pas mieux. Les antidouleurs qui abîment l'estomac. Les séances de kinésithérapie qui soulagent deux jours puis la douleur revient. Les positions recommandées qu'on oublie au bout de dix minutes.
Tout essaye. Rien n'a tenu.
Et le pire, c'est que vous commencez a croire que c'est normal. Que c'est l'age. Qu'il faut « faire avec ».
Ce n'est pas normal. Ce n'est pas l'age. C'est ce sur quoi ils sont assis.
« Quand j'ai enfin compris que le problème n'etait pas son dos mais son coussin, j'ai eu envie de pleurer. Deux ans de souffrance. Trois coussins differents. Et la réponse était si simple que personne n'avait pensé a nous la donner. »
— Catherine M., 58 ans, aidante depuis 3 ans (Toulouse)
Chaque jour, la personne dont vous vous occupez s'assoit dans son fauteuil. Huit heures. Parfois dix. Vous lui avez acheté un coussin. Doux. Epais. Les meilleures étoiles sur Internet.
Vous pensez avoir fait le nécessaire.
Sauf que ce coussin ne la protège plus depuis des semaines. La mousse est écrasée. Vous ne le voyez pas parce qu'elle semble encore douce quand vous la touchez avec la main. Mais sous le poids du corps, maintenu pendant des heures, elle s'est aplatie. L'os du bassin traverse et touche la surface du fauteuil.
Le sang ne circule plus. Les tissus ne reçoivent plus d'oxygene. Et ils commencent a mourir. Silencieusement. Invisiblement. Pendant que la personne dont vous vous occupez regarde la télévision et que vous pensez que tout va bien.
C'est ce qui se passe dans des milliers de foyers en France en ce moment. Pas par négligence. Pas par manque d'attention. Parce que personne n'explique aux aidants la différence entre rembourrage et redistribution.
« J'ai découvert la plaie un mardi soir. Rouge. Profonde. Plus large qu'une pièce de deux euros. Et pendant tout ce temps, je pensais que le coussin la protegeait. »
— Martine T., 66 ans, aidante depuis 2 ans
Ce que les hôpitaux savent depuis 40 ans et que les aidants ne découvrent que trop tard : doux ne veut pas dire sur. La mousse se comprime. C'est de la physique. Peu importe le prix, peu importe la marque. Elle s'aplatira sous le poids du corps et les os traverseront comme si elle n'existait pas.
La seule chose qui compte, c'est de savoir si la pression est redistribuée loin des os. Pas absorbee. Pas rembourrée. Redistribuée.



